Autre effet CNN? L’impact de la couverture médiatique sur le financement institutionnel canadien dans le cas de catastrophes naturelles

Par Patrick Robitaille
Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques | UQAM

Ce travail de recherche a pour objectif de faire le point sur l’impact que peuvent avoir les médias sur le financement canadien pour répondre aux catastrophes naturelles. Pour notre étude de cas, nous nous intéresserons aux 18 catastrophes soudaines (excluant ainsi les sécheresses) ayant requis un appel éclair (Flash Appeal) des Nations Unies durant les années 2004 à 2006. Nous avons pris comme cadre d’analyse l’effet CNN, lequel s’intéresse à l’impact de la télévision sur la formulation ou la conduite de la politique étrangère. La majorité des recherches ont été entreprises sur la couverture télévisuelle des interventions militaires américaines. Plusieurs chercheurs ont contesté cet effet, trouvant que les médias ont peu d’influence sur la prise de décision. Par ailleurs, il semble qu’il y aurait une exception dans les cas où les politiciens n’ont pas de politique claire, par exemple lors de réponses aux catastrophes naturelles. Cette étude veut vérifier cette hypothèse, aussi appelée « syndrome CNN ».

Nous avons d’abord réalisé des entrevues avec les principaux responsables du financement des crises humanitaires au sein du gouvernement du Canada, afin de bien comprendre le processus de décision, ainsi qu’avec des représentants d’organisations non gouvernementales (ONG) qui reçoivent ces fonds. Nous avons ensuite mis en parallèle le financement demandé par crise humanitaire, l’occurrence médiatique de ces crises et les besoins humanitaires, à l’aide d’un tableau. Celui-ci nous permet d’évaluer si le gouvernement canadien finance les crises humanitaires selon les besoins, comme le prescrivent les principes et bonnes pratiques pour l’action humanitaire.

Cette étude nous a permis de mettre en évidence le nombre de variables qui peuvent influencer le financement des crises humanitaires, ainsi que la difficulté d’isoler la variable médiatique. Au point de vue qualitatif, les entrevues nous ont permis de constater la divergence d’opinions entre, d’une part, les représentants des ONG, qui croient à l’influence prépondérante des facteurs médiatiques et, d’autre part, les représentants du gouvernement rencontrés, qui croient que les médias pourraient avoir un effet seulement dans de très rares cas de crises très médiatisées en raison de l’intérêt de la classe politique. Notre étude quantitative démontre que ces cas ne sont pas si rares et que la proportion du financement humanitaire du Canada relativement au montant de l’appel de fonds humanitaires est deux fois plus élevée pour les crises les plus médiatisées. Nous pourrions d’ailleurs faire l’hypothèse que, comme le Tsunami de l’Océan Indien de 2004, la réponse au tremblement de terre en Haïti de 2010 sera proportionnellement mieux financée que les catastrophes moins médiatisées. Ainsi, il existerait un effet des médias sur le financement de la réponse aux catastrophes naturelles, que nous dénommerons « l’autre effet CNN ».

ISBN : 978-2-922844-64-1
Septembre 2010
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