Les relations énergétiques canado-américaines : le cas de Keystone XL et la place du Congrès des États-Unis dans le débat

Par Vincent Boucher et Christophe Cloutier
Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques | UQAM

La présente étude vise à situer la problématique de l’oléoduc Keystone XL (KXL) dans le cadre de la « relation spéciale » qu’entretiennent le Canada et les États-Unis. Il vise également à éclairer le rôle joué par le Congrès des États-Unis dans ce dossier. Notre recherche démontre que:

- Les États-Unis et le Canada entretiennent depuis de nombreuses années une relation spéciale, quoiqu’asymétrique. Le Canada est généralement perçu d’un œil favorable par la population américaine, qui considère son voisin du nord comme un ami des États-Unis, un allié fiable et un partenaire économique de premier plan. Le Canada est le principal exportateur de pétrole vers les États-Unis. La construction de KXL aurait accentué cette tendance, ce qui faisait dire à de nombreux partisans du projet qu’il aurait constitué un pas important en vue de l’atteinte de l’indépendance énergétique nord-américaine;

- Par ailleurs, si le président américain Barack Obama s’est imposé comme le principal protagoniste de la « saga Keystone XL » aux États-Unis, il ne faut pas pour autant négliger le rôle joué par le Congrès dans ce dossier. Plusieurs législateurs favorables au projet ont tenté d’influencer son adoption grâce à un éventail de moyens d’influence législative et non législative. Certains ont même développé des liens avec des officiels du gouvernement canadien. Nous nous penchons plus spécifiquement sur le cas du sénateur John Hoeven, un républicain du Dakota du Nord qui s’est imposé comme un des plus actifs parmi les partisans de KXL au Congrès.

En conclusion, nous situons brièvement KXL dans la perspective plus globale de la lutte contre les changements climatiques, à laquelle souscrit l’administration Obama. Nous examinons également comment pourrait évoluer la relation énergétique canado-américaine dans le contexte du changement de gouvernement à Ottawa et de l’élection présidentielle américaine de 2016. L’élection du gouvernement libéral de Justin Trudeau et le nouveau rôle que celui-ci souhaite donner au Canada dans la lutte contre les changements climatiques sur la scène internationale pourrait modifier, quoique modestement, la nature de cette relation. Aux États-Unis, l’issue du scrutin de 2016 influencera sans doute la position énergétique du pays, car la candidate démocrate pressentie, Hillary Clinton, affirme vouloir emboîter le pas à l’administration Obama dans la réduction des gaz à effet de serre, tandis que chez les républicains, plusieurs candidats remettent en question la responsabilité humaine dans les changements climatiques. Certains, comme le sénateur Marco Rubio, envisagent même de revenir sur la décision d’Obama et d’accorder un permis à TransCanada pour la construction de KXL.

ISBN : 978-2-922844-67-2
Décembre 2015
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