Mali kura, Mali fanga : la trajectoire politique du Mali sous domination militaire

Par Maxime Ricard
IRSEM

Comment s’est construite la domination militaire au Mali à la suite des coups d’État de 2020 et 2021 ? Quelles reconfigurations des relations civilo-militaires a-t-elle entraînées ? Quels sont les effets de ces changements politiques sur les économies de la violence au Sahel ? Au-delà de la contingence du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, les désillusions nées des promesses non tenues de l’ouverture démocratique post-1991 sont à l’œuvre. Des ordres de violence entretenus par les logiques (contre-)insurrectionnelles se sont aggravés, dix ans après le coup de 2012. Cet état de fait permet de comprendre le soutien populaire aux coups d’État de 2020 et 2021, reposant sur l’espérance du Mali Kura, le nouveau Mali. La rhétorique du pouvoir guerrier du Mali Fanga mis en place par la transition militaire, bénéficiant d’une présomption d’efficacité, traduit ce choix de réponse aux crises maliennes. Les résultats actuels se résument à une fuite en avant autoritaire, une exacerbation des économies et ordres de violence, et un tournant stratégique pariant sur l’impopularité de l’intervention française. La « guerre contre le terrorisme » menée depuis dix ans au Sahel a des effets durables, participant au développement des ordres de violence. Dans une logique de surenchère, la transition malienne reçoit le soutien russe via la société militaire privée Wagner, accompagnant cette volonté martiale. Cette trajectoire interroge sur l’ordre socio-politique malien, la volonté d’une résolution des conflits et la configuration du pouvoir au Mali à long terme.

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23 novembre 2022
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