Le retour du mur frontalier en relations internationales

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Par Élisabeth Vallet
Études internationales Vol XIII, 1, mars 2012.

Lorsque le premier empereur de Chine, Qin Shihuang, choisit d’unifier les murs des trois États du Nord (Qin, Zhao et Yan), au troisième siècle avant notre ère, il réalise le Wan Li Chang Cheng(le mur de 10 000 li – 5000 km), prélude à une construction qui s’étalera jusqu’à la fin de la dynastie Ming, au 17e siècle, pour former la Grande Muraille de Chine. Si ce chef-d’œuvre d’architecture militaire scarifie encore le sol chinois, et est remarquable tant par son aspect (il prend parfois la forme d’un double rempart), sa longueur (6 200 km aujourd’hui, 50 000 km cumulés au cours du temps selon les estimations officielles) et la durée de sa construction (20 siècles), il n’est pas le seul à avoir marqué l’Histoire. En effet, d’autres civilisations ont cherché à construire des murs protecteurs : ainsi en va-t-il de l’Empire romain et de son limes (composé notamment des murs d’Hadrien et d’Antonin en Écosse, élevés au 2e siècle après J.-C., et du fossatum Africæ, moins hermétique et dont la construction s’étend du 1er au 3e siècle), des royautés au Moyen Âge (comme la digue d’Offa en Mercie au 8e siècle qui a préfiguré la frontière entre le pays de Galles et l’Angleterre, le Danevirk érigé au 9e siècle pour protéger les Vikings du roi Godfried des Francs de Charlemagne, ou encore le Genkobori construit dans le nord de l’île de Kyushu par les Japonais au 13e siècle pour prévenir les invasions mongoles). Les fortifications féodales sont de même nature en cherchant à protéger un territoire désormais fragmenté : les murs « appartiennent aux plus anciens vestiges archéologiques » (Paquot 2006).

2012
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