Unipolarité et exceptionnalisme: Comment l’unilatéralisme de la politique étrangère américaine s’inscrit dans la durée

Par Julien Tourreille
Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques | UQAM



Reposant sur le cadre théorique du réalisme néoclassique, la thèse qui sera défendue dans cet article est que, dans le contexte de l’après-guerre froide, l’unilatéralisme de la politique étrangère des États-Unis s’inscrit dans la durée. Deux arguments soutiennent cette affirmation et tendent à vérifier les hypothèses mentionnées ci-dessus. Le premier, d’ordre systémique, concerne la nature unipolaire du système international. Dans un tel environnement ne présentant pas de contrepoids suite à la dissolution de l’URSS en 1991, les États-Unis se retrouvent en mesure d’exercer «librement» leur superpuissance et d’agir unilatéralement. Or, les décideurs politiques américains, notamment Bill Clinton, n’ont penché vers l’unilatéralisme que de façon progressive et chaotique au cours de la décennie 1991-2001. Le second argument sera alors d’ordre politique et a trait à la vigueur de l’exceptionnalisme américain. Le penchant unilatéraliste de la politique étrangère américaine résulte en effet certainement de changements qui se sont produits à la fois dans la structure du pouvoir à Washington (notamment une « pentagonisation » de la politique étrangère et un rôle accru du Congrès américain en la matière) et dans les perceptions de la scène internationale chez les décideurs politiques américains. Plus fondamentalement, il semble s’inscrire dans la durée du fait de l’identité nationale américaine17, spécifiquement du sentiment d’exceptionnalisme défini comme la croyance du caractère supérieur et universel des valeurs américaines.

ISBN : 2-922844-45-5
Mai 2005
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